Contrefaçon de modèle : agir et protéger vos droits

Contrefaçon de modèle

La contrefaçon de modèle peut fragiliser en quelques jours des mois de création, d’investissement et de développement commercial. Lorsqu’un concurrent reproduit ou imite l’apparence d’un produit protégé, il peut s’agir d’une atteinte à un droit de propriété intellectuelle ouvrant droit à des mesures d’interdiction, à une indemnisation. Pour une entreprise, un designer, un fabricant ou une marque, la rapidité d’analyse et de réaction est souvent déterminante.

Quand parle-t-on de contrefaçon de modèle ?

En droit français, un dessin ou modèle protège l’apparence d’un produit ou d’une partie de produit, notamment ses lignes, ses contours, ses couleurs, sa forme, sa texture ou son ornementation. L’INPI rappelle que les reproductions fournies lors du dépôt sont essentielles, car elles définissent les caractéristiques couvertes par la protection. Une stratégie de dépôt précise constitue donc la première ligne de défense contre la contrefaçon de modèle.

L’article L. 521-1 du Code de la propriété intellectuelle prévoit que toute atteinte aux droits du propriétaire d’un dessin ou modèle constitue une contrefaçon engageant la responsabilité civile de son auteur. En pratique, l’analyse consiste à comparer le modèle protégé et le produit litigieux afin de déterminer si l’impression visuelle produite sur l’observateur averti est suffisamment proche pour caractériser une atteinte. La comparaison doit tenir compte de la liberté dont disposait le créateur lors de la conception du produit.

La contrefaçon de modèle ne suppose donc pas nécessairement une copie servile. Une reprise comportant certaines différences peut rester litigieuse si celles-ci ne suffisent pas à produire une impression globale différente. À l’inverse, une simple proximité de style ne conduit pas automatiquement à une condamnation. La validité du modèle, sa nouveauté, son caractère propre, la portée exacte des vues déposées et l’état de l’art antérieur doivent être examinés avec attention.

Comment prouver l’atteinte à un dessin ou modèle ?

La preuve est au cœur de tout dossier de contrefaçon de dessin ou de modèle. Avant d’adresser une mise en demeure ou d’engager une procédure, il est généralement utile de conserver les éléments permettant d’identifier le produit suspect, son vendeur, son fabricant, sa date de commercialisation, ses circuits de distribution et, lorsque cela est possible, l’ampleur des ventes. Captures de pages web, factures d’achat, exemplaires physiques, catalogues commerciaux, publicités et échanges professionnels peuvent contribuer à documenter les faits.

Dans les situations les plus sensibles, une saisie-contrefaçon peut permettre d’obtenir des preuves particulièrement solides sous contrôle judiciaire. Cette mesure doit être préparée avec rigueur, car elle peut porter sur les produits concernés ainsi que sur certaines informations utiles à l’évaluation de l’atteinte. Pour comprendre le cadre général de protection des dessins et modèles, le site officiel de l’INPI consacré au dépôt de dessins et modèles constitue une source de référence.

Il est également important de vérifier la titularité des droits. L’action civile est en principe exercée par le propriétaire du dessin ou modèle. Un licencié exclusif peut toutefois disposer, dans certaines conditions, d’un droit d’action. Cette vérification évite d’engager une procédure sur une base fragile et permet de déterminer précisément qui peut réclamer réparation.

Quels recours engager face à une copie illicite ?

Face à une contrefaçon, plusieurs leviers peuvent être combinés selon l’urgence, la qualité des preuves et l’objectif économique recherché. Une mise en demeure peut parfois permettre d’obtenir le retrait rapide des produits litigieux, l’arrêt de leur promotion ou l’ouverture d’une négociation. Lorsque le risque se poursuit, une action judiciaire peut viser l’interdiction des actes de contrefaçon, le rappel ou la destruction des produits et l’indemnisation du titulaire.

Le Code de la propriété intellectuelle prévoit que, pour fixer les dommages et intérêts, le juge prend notamment en considération les conséquences économiques négatives subies par la victime, son préjudice moral et les bénéfices réalisés par le contrefacteur. Une indemnisation forfaitaire peut aussi être demandée dans certaines conditions. Cela signifie qu’un dossier de contrefaçon de modèle doit être construit non seulement sur la démonstration juridique de l’atteinte, mais aussi sur une évaluation économique documentée du préjudice.

L’action civile en contrefaçon se prescrit par cinq ans à compter du jour où le titulaire a connu ou aurait dû connaître le dernier fait lui permettant d’agir. Attendre peut cependant compliquer la collecte des preuves ou laisser les produits litigieux s’installer durablement sur le marché. Une analyse précoce permet de choisir entre négociation, mesures probatoires, procédure d’urgence ou action au fond.

Quels risques pour l’auteur de la copie ?

La contrefaçon de dessins et modèles peut entraîner des conséquences civiles importantes. En cas de condamnation, le tribunal peut notamment ordonner le rappel des produits contrefaisants des circuits commerciaux, leur retrait définitif, leur destruction ou leur confiscation. La publication de la décision peut également être ordonnée aux frais du contrefacteur, ce qui ajoute un enjeu réputationnel au risque financier.

Le droit pénal peut aussi s’appliquer lorsque l’atteinte est commise sciemment. L’article L. 521-10 du Code de la propriété intellectuelle prévoit alors jusqu’à trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende. Certaines circonstances aggravantes, notamment la commission en bande organisée ou sur un réseau de communication au public en ligne, peuvent porter les peines jusqu’à sept ans d’emprisonnement et 750 000 euros d’amende.

Comment prévenir la copie de ses créations ?

La meilleure réponse à la contrefaçon de modèle commence avant le litige. Il est essentiel de déposer les créations pertinentes avec des reproductions suffisamment précises et cohérentes. L’INPI souligne que seules les caractéristiques visibles sur les reproductions sont protégées, ce qui rend la préparation du dépôt stratégique. Des vues adaptées, une surveillance du marché et des plateformes en ligne ainsi qu’une traçabilité des dates de création et de commercialisation renforcent la capacité à agir.

Il faut également envisager les protections complémentaires. Selon la création concernée, un même objet peut relever du droit des dessins et modèles, du droit d’auteur, de la marque tridimensionnelle ou encore de la concurrence déloyale. Une stratégie de propriété intellectuelle efficace consiste à articuler ces fondements plutôt qu’à les examiner isolément.

Récapitulatif et accompagnement

Une contrefaçon de modèle doit être traitée avec méthode : vérifier la validité et la portée du droit, comparer précisément les créations, sécuriser les preuves, identifier les responsables, chiffrer le préjudice et choisir la procédure adaptée. Plus ces étapes sont conduites tôt, plus il est possible de préserver la valeur commerciale et juridique de la création.

Le cabinet Solvoxia accompagne les titulaires de droits confrontés à une reproduction ou à une imitation de leurs créations, ainsi que les entreprises mises en cause qui souhaitent évaluer leur risque. Contactez Solvoxia pour faire analyser votre modèle, les preuves disponibles et la stratégie d’action la plus adaptée à votre situation.

 

FAQ

Comment reconnaître une contrefaçon de modèle ?

Il faut comparer l’apparence du modèle protégé et celle du produit suspect en tenant compte de l’impression visuelle d’ensemble. Une copie identique n’est pas toujours nécessaire. L’étendue de la protection dépend toutefois du dépôt, des caractéristiques visibles et de la validité du droit invoqué.

Que faire immédiatement en cas de contrefaçon ?

Il est recommandé de préserver les preuves avant toute démarche : pages web, factures, produits, publicités et informations sur le vendeur. Une analyse juridique permettra ensuite de déterminer s’il faut privilégier une mise en demeure, une saisie-contrefaçon, une procédure d’urgence ou une action au fond.

Quelle indemnisation peut obtenir une victime de contrefaçon de dessins et modèles ?

Le juge peut tenir compte du manque à gagner, des pertes subies, du préjudice moral et des bénéfices réalisés par le contrefacteur. Selon le dossier, une somme forfaitaire peut également être sollicitée. Le montant dépend donc de preuves économiques et commerciales concrètes, pas d’un barème automatique.

Marque « Touch your boobs » : sein, mais pas malsain

Avocat droit des marques NantesDans une décision du 7 mai 2026, la chambre de recours de l’EUIPO a eu à se prononcer sur le caractère contraire aux bonnes mœurs de la marque de l’UE « TOUCH YOUR BOOBS » déposée pour désigner des confiseries.

 

Contexte : un enregistrement de marque sujet à controverse

 

La marque « TOUCH YOUR BOOBS » avait été déposée pour une large gamme de produits de confiserie relevant de la classe 30.

L’examinateur de l’EUIPO avait rejeté la demande dans son intégralité, estimant que le signe était contraire aux bonnes mœurs car pouvait être perçu par le public anglophone comme une invitation choquante ou indécente, notamment parce que les produits concernés s’adressent surtout aux enfants et aux adolescents.

La déposante a donc formé un recours. Elle soutenait que l’expression visait le fait de toucher sa propre poitrine et non une invitation à toucher celle d’un tiers. Elle faisait également valoir que le message véhiculé faisait référence à l’autopalpation de sa propre poitrine, qui s’inscrit dans un message de sensibilisation… contre le cancer du sein. Cette invitation étant largement répandue dans ce domaine, elle estimait donc que le terme en question ne serait nullement perçu comme une invitation à caractère sexuel et contraire aux bonnes mœurs.

 

Solution : une expression familière, mais pas… automatiquement immorale

 

Un message de prévention plutôt qu’une invitation sexuelle

 

Lors de son examen, la chambre de recours a donc eu à se pencher sur la question de savoir si cette expression était contraire à l’ordre public ou aux bonnes mœurs, au sens de l’article 7, paragraphe 1, point f, du RMC. Elle rappelle que l’appréciation de la marque doit se faire au regard des produits ou services visés par la demande et, s’agissant spécifiquement de ce motif de refus, vis-à-vis d’une personne raisonnable présentant un seuil moyen de sensibilité et de tolérance.

La chambre considère finalement que le terme « boobs » relève du langage familier et n’est généralement pas perçu comme obscène. Il est de plus largement employé par les associations caritatives de sensibilisation au cancer du sein. Elle retient également que la structure de l’expression renvoie à une invitation à toucher ses propres seins. Enfin, elle estime que, même si la marque est apposée sur des produits susceptibles d’être vus par des mineurs, les confiseries s’adressent au grand public, soit un public averti, normalement informé et raisonnablement attentif et avisé.

Dans ce contexte, cette formulation sera donc comprise comme une référence aux campagnes de dépistage et d’auto-examen du cancer du sein.

 

L’affaire est renvoyée pour un nouvel examen sur la distinctivité

 

La chambre annule donc la décision de l’examinateur et choisit de renvoyer l’affaire pour un nouvel examen. Elle invite notamment l’EUIPO à vérifier si le signe ne serait pas dépourvu de caractère distinctif au sens de l’article 7, paragraphe 1, point b, du RMC, dans la mesure où il pourrait être perçu exclusivement comme un slogan de sensibilisation et non comme une indication d’origine commerciale.

La marque n’est donc pas encore enregistrée.

 

Vous souhaitez creuser le sujet ? Vous pouvez prendre attache avec un avocat en droit des marques du cabinet.

 

Changement d’ERP : quelles responsabilités pour l’intégrateur et l’éditeur (ex : CEGID, etc.)

Litige éditeur CEGID

Un changement d’ERP touche la facturation, la comptabilité, les stocks et parfois la paie. Lorsque le projet dérape, l’entreprise doit souvent composer avec plusieurs contrats : licence ou abonnement de l’éditeur, intégration, migration des données, assistance et formation. Qui répond du budget qui double, du calendrier dépassé ou d’un logiciel inutilisable ? La jurisprudence examine les engagements de chacun, les besoins exprimés avant la vente et les preuves conservées pendant le déploiement. Les décisions évoquées ci-dessous portent sur des contrats distincts ; elles éclairent la méthode d’analyse sans prédire l’issue d’un autre litige.

Un budget d’intégration qui dépasse le devis

Le prix annoncé dépend d’abord de ce qui a été promis : enveloppe maximale, simple estimation, phase de cadrage préalable ou prestations évolutives. Dans une affaire examinée par la cour d’appel de Rennes le 14 septembre 2021 (RG 18/06942), un prestataire avait été rémunéré pour définir les besoins et s’était engagé sur un prix maximum, bien que le projet soit conduit en mode agile. Sa demande ultérieure de doubler le budget a été considérée comme fautive. La qualification « agile » ne rendait pas sans effet son engagement chiffré.

La situation change si des besoins nouveaux sont demandés par le client, ou si un chiffrage était expressément subordonné à une analyse encore à mener. La chronique 2024-2025 du cabinet relève précisément un litige dans lequel une proposition distinguait paramétrages standard et spécifiques tout en réservant le chiffrage à une étude préalable. Pour mesurer la part de responsabilité, il faut rapprocher les devis, ateliers de cadrage, demandes de changement, avenants et alertes sur les coûts. Une facture supplémentaire ne prouve pas, à elle seule, un manquement.

Un calendrier dépassé : quelle date engage le prestataire ?

Il faut distinguer la date de mise en production impérative d’un planning indicatif. Dans une décision du 26 juillet 2022 (CA Versailles, RG 21/03036), portant sur l’intégration d’un service de paie, une mise en production annoncée « sans décalage possible » n’avait pas été respectée ; des dysfonctionnements persistants, établis après plusieurs alertes, ont justifié la résolution. À l’inverse, une simple estimation de durée ne suffit pas toujours à rompre le contrat lorsque le client a modifié le périmètre ou retardé ses propres validations.

La cour d’appel d’Aix-en-Provence a rappelé le 27 mai 2021 (RG 19/02282) qu’un prestataire ne peut expliquer le retard par une évolution supposée des besoins s’il n’a lui-même établi aucun document initial permettant de comparer le périmètre prévu et le périmètre final. Les jalons, comptes rendus, dépendances et avenants sont ici décisifs. Une entreprise qui remplace son ancien ERP doit également signaler par écrit toute date critique de fin d’accès, de clôture comptable ou de bascule des opérations.

Exemple avec la solution CEGID : la performance promise

Dans l’affaire Acta contre l’intégrateur Ouest Gestion Informatique, celui-ci avait proposé la solution Yourcegid RH Paie à une entreprise cherchant un système de paie plus performant. Des temps de traitement anormalement longs ont persisté malgré le report de la mise en exploitation. La cour d’appel de Paris a confirmé le 3 juin 2022 (RG 20/09351) la résolution des contrats aux torts de l’intégrateur et la restitution de 109 995,94 € TTC. L’intégrateur n’a pas obtenu la garantie de Cegid, aucun défaut du progiciel imputable à l’éditeur n’ayant été établi.  Lire l’arrêt Acta–OGI–Cegid.

Le devoir de conseil commence avant la signature

Un intégrateur doit s’informer des processus métier, vérifier l’adéquation de la solution proposée et mettre en garde sur les incompatibilités décelables. Dans une affaire d’intégration de progiciel sans cahier des charges (CA Aix-en-Provence, 1er juillet 2021, RG 19/02078), le prestataire n’avait pas suffisamment recueilli les besoins propres à l’activité et les incompatibilités constatées ont conduit à la résiliation. Plus récemment, la cour d’appel de Lyon a annulé un contrat le 28 mai 2025 (RG 21/08394) faute de recueil des besoins du clients notamment.

Le client a aussi un rôle actif. Dans l’affaire d’un ERP ayant donné lieu à une phase de cadrage et à une preuve de concept (CA Versailles, 7 septembre 2021, RG 20/01473), la cour n’a pas déduit du seul dépassement de budget et de délai que le logiciel était inadapté. Elle a notamment tenu compte du fait côté client il y avait une équipe informatique interne à même comprendre les tenants et aboutissants et spécificités du progiciel.

Migration des données et réversibilité : qui garantit quoi ?

À la sortie d’un ERP, la simple remise de données brutes peut s’avérer insuffisante. Selon l’arrêt CA Pau, 25 novembre 2021 (RG 19/03573), examiné dans les chroniques du cabinet, une clause de réversibilité imprécise n’avait pas permis de récupérer des données pleinement exploitables, faute notamment de paramétrages faisant le lien entre elles. Le contrat devrait prévoir le format d’export, les dépendances, la documentation, les tests de reprise et l’assistance à la transition.

Recette, preuve du préjudice et répartition des rôles

La signature d’un procès-verbal de recette ne clôt pas toujours le débat si les fonctions essentielles restent à installer et à tester. Les chroniques du cabinet rapportent notamment des décisions concernant un ERP réceptionné une semaine après la signature du contrat et un autre dont la mise en production et la recette contradictoire n’avaient pas été achevées. À l’inverse, des anomalies ponctuelles corrigées pendant la maintenance ne suffisent pas nécessairement à établir une inexécution grave. Il faut documenter les scénarios de test, les réserves, les corrections et les conséquences métier.

La qualification des obligations varie aussi avec la prestation. Une solution présentée comme « clé en main » et opérationnelle après migration a conduit la cour d’appel de Paris, le 17 octobre 2025 (RG 23/10452), à retenir une obligation de résultat de l’éditeur. Pour une intégration complexe réunissant audit, paramétrage, migration, tests et accompagnement, la même cour a rappelé le 3 octobre 2025 (RG 22/01534) qu’une obligation de moyens peut s’appliquer, sauf engagement contraire. Cette distinction n’efface ni le devoir de conseil ni l’obligation d’exécuter le contrat de bonne foi.

Enfin, le client doit relier chaque coût à une défaillance démontrée. Dans l’affaire Weaving Group contre Cegid (CA Lyon, 4 décembre 2025, RG 23/01978), les difficultés de déploiement avaient été suivies et le logiciel continuait d’être utilisé. Le client n’a pas suffisamment prouvé l’origine d’une indisponibilité ultérieure ni la perte alléguée de journées de travail ; sa condamnation au paiement des factures a été confirmée. Cette décision rappelle l’utilité d’une chronologie datée, de tickets conservés, d’un chiffrage comptable et, lorsque l’origine technique est discutée, d’une expertise contradictoire. Lire l’arrêt Weaving Group–Cegid.

À retenir : avant de suspendre les paiements ou de résilier, identifiez l’obligation propre à l’éditeur et à l’intégrateur, mesurez le budget et le retard au regard des engagements écrits, puis préservez les données et la preuve des anomalies. Le cabinet Solvoxia Avocats peut analyser vos contrats, vos échanges et la chronologie du projet pour déterminer la démarche adaptée à votre changement d’ERP.

FAQ

Qui est responsable si le changement d’ERP échoue ?

La responsabilité dépend des contrats et de l’origine de l’échec. L’éditeur peut répondre d’un défaut de sa solution ; l’intégrateur, d’un défaut de cadrage, de paramétrage ou de migration. Une expertise peut aider à départager les causes.

Un dépassement de budget ou de délai suffit-il à résilier ?

Pas à lui seul. Il faut examiner le caractère ferme du prix ou de la date, les changements demandés et la gravité des manquements. Les preuves écrites et les avenants comptent autant que le dépassement constaté.

Comment prouver une migration de données défaillante ?

Comparez les données sources et les données reprises sur des cas métier vérifiables. Conservez les spécifications, journaux de transfert, résultats de tests, tickets et échanges avec les prestataires.

Délibération de la CNIL sur les pixels de suivi

Avocat rgpdPar une délibération du 12 mars 2026 (n°2026-42), la CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) a formulé ses recommandations dont l’objectif est de clarifier le cadre juridique applicable aux pixels de suivi insérés dans des emails.

 

Contexte : intégration de pixels dans des emails

 

Ces dernières années, le recours à des pixels de suivi invisibles, également désignés sous le terme de « pixels de tracking », intégrés aux emails, s’est considérablement développé.

Ces dispositifs techniques poursuivent plusieurs objectifs, notamment l’amélioration de la délivrabilité des courriels, l’analyse de leur audience ou encore l’adaptation des contenus aux centres d’intérêt / au comportement des destinataires.

Très récemment, la CNIL a adopté une recommandation dont l’objectif est d’aider les professionnels concernés dans leur démarche de mise en conformité (au regard notamment de l’article 82 de la loi « informatique et libertés »), ayant en effet reçu de nombreux signalements et plaintes sur le sujet.

 

Solution : appliquer le principe du consentement préalable aux pixels de suivi en fonction de leur finalité

 

1/ Les finalités nécessitant un recueil du consentement

 

La CNIL rappelle que selon l’article 82 de la loi précitée, le fait d’intégrer des pixels de suivi dans des emails implique de recueillir en amont le consentement libre, spécifique, éclairé et univoque du destinataire, sauf si la finalité est uniquement de permettre ou faciliter la communication par voie électronique ou si l’opération est strictement nécessaire à la fourniture du service de communication à la demande expresse de l’utilisateur.

Il faut donc déterminer ce qui relève ou non des exceptions.

Pour la CNIL, le recueil du consentement est nécessaire lorsque les pixels sont utilisés pour :

  • Analyser le taux d’ouverture des emails afin de mesurer et d’optimiser les performances des campagnes d’emailing en personnalisant certaines composantes (ex : fréquence des envois, contenu des messages, etc.).
  • Créer des profils de destinataires en fonction des préférences et centres d’intérêts recueillis pour cibler ces derniers via d’autres canaux (ex : sites, applications mobiles).
  • Détecter et analyser des suspicions de fraude.
  • Faire une mesure individuelle du taux d’ouverture des emails à des fins de délivrabilité (hors ce qui est indiqué au point suivant).

La Commission fournit, par ailleurs dans sa recommandation, des exemples de textes de demandes de consentement pour chaque finalité, idéalement formulés au moment de la collecte de l’adresse email en cause ou, à défaut, dans un email postérieur sans pixel avec un lien intégré.

 

2/ Les finalités ne nécessitant pas un recueil du consentement

 

La CNIL liste ensuite les finalités pour lesquelles il lui paraît qu’il n’est pas nécessaire de recueillir, en amont, le consentement des utilisateurs, à savoir pour :

  • La mise en œuvre des mesures de sécurité participant à l’authentification des utilisateurs. Donc l’objectif ici est de sécuriser l’authentification et rien d’autre (ex : email reçu avec un code d’authentification dont il faut vérifier qu’il est ouvert sur le bon terminal).
  • Faire une mesure individuelle du taux d’ouverture des emails à des fins de délivrabilité mais uniquement lorsque cela permet de revoir la fréquence d’envoi d’emails, voire d’arrêter ces envois lorsque les destinataires sont inactifs.

La Commission reprécise bien que ces exemptions ne concernent que les courriels demandés par leurs destinataires ou se rattachant à un service qu’il a sollicité.

 

Vous voulez en savoir plus ? Un avocat RGPD du Cabinet est à votre disposition.

 

Faux site internet : que faire si votre entreprise est usurpée ?

usurpation d’identité entreprise

Un prospect vous réclame un acompte versé pour une commande que vous ne connaissez pas. Il vous transmet un site qui reprend votre logo, vos photographies et vos coordonnées. Derrière la recherche « usurpation d’identité entreprise », il y a une urgence : empêcher de nouvelles victimes tout en protégeant votre réputation. Comment réagir lorsque des escrocs créent un faux site internet au nom de votre société ?

Usurpation d’identité entreprise : reconnaître la fraude

L’imitation peut concerner votre site entier ou quelques éléments destinés à rassurer l’acheteur. Une raison sociale exacte, un numéro SIRET et une adresse réelle peuvent accompagner un faux formulaire de commande. Ces renseignements publics ne prouvent pas que le vendeur est votre entreprise. Cybermalveillance.gouv.fr décrit ce phénomène dans sa fiche consacrée à l’usurpation de site internet professionnel, actualisée en juin 2026.

La recherche « usurpation d’identité entreprise » recouvre plusieurs situations. Un site internet cloné peut fonctionner sur un domaine ressemblant au vôtre, sans intrusion dans vos serveurs. Il faut donc distinguer l’imitation externe du piratage de votre véritable site : les vérifications techniques et les mesures correctrices seront différentes.

Prenons un exemple fictif : une société vend du matériel professionnel, tandis qu’un faux site propose ses produits avec une remise et exige un acompte de 30 %. L’acheteur paie sur un compte étranger, puis contacte la véritable société faute de livraison. L’enjeu dépasse la copie graphique : l’identité de l’entreprise sert à rendre crédible une demande de paiement frauduleuse.

Conserver les preuves avant le retrait du site

Face à une usurpation d’identité entreprise, la disparition rapide du contenu ne doit pas vous priver de preuves. Enregistrez les pages litigieuses avec leur adresse complète et la date de capture. Conservez les devis transmis par les victimes, les courriels originaux et les coordonnées bancaires figurant dans les demandes d’acompte. France Num recommande notamment de préserver les captures identifiables et les messages signalant l’usurpation.

Lorsque le dossier le justifie, un constat de commissaire de justice permet de documenter les contenus accessibles en ligne. Préparez également les pièces établissant votre identité et vos droits. Une comparaison entre les pages authentiques et les pages copiées aide à rendre la tromperie compréhensible pour les intermédiaires sollicités.

Un dossier d’usurpation d’identité entreprise doit aussi retracer les conséquences constatées. Par exemple, le message d’un prospect indiquant qu’il renonce à commander après cette fraude peut devenir une pièce utile. Distinguez les pertes démontrées des estimations : une demande d’indemnisation exige de prouver le préjudice et son lien avec les faits.

Faire retirer le faux site et limiter sa visibilité

Pour faire fermer un site frauduleux, identifiez les acteurs capables d’intervenir. L’hébergeur stocke les contenus ; le bureau d’enregistrement gère la réservation du nom de domaine. Les données WHOIS aident à retrouver ce dernier, mais ne révèlent pas toujours le titulaire ni l’hébergeur réel. Un prestataire technique peut compléter ces recherches.

La notification d’une usurpation d’identité entreprise doit viser précisément les adresses litigieuses et expliquer la fraude. Joignez les preuves de vos droits, les captures pertinentes et un justificatif de votre société. Adressez la demande au service chargé des abus et conservez l’accusé de réception. Selon les faits, une demande fondée sur une atteinte à la marque peut compléter le signalement de l’escroquerie.

L’INPI rappelle que les demandes de retrait auprès des plateformes et hébergeurs reposent notamment sur la LCEN. Le dossier doit caractériser l’atteinte ; un simple message affirmant que le site est frauduleux peut être insuffisant. La fiche officielle de Cybermalveillance.gouv.fr présente les démarches complémentaires utiles.

Signalez aussi les annonces qui dirigent vers le faux site et sollicitez les moteurs de recherche via leurs procédures adaptées aux contenus illicites. Le déréférencement réduit la visibilité, sans supprimer le site. Aucune de ces démarches ne garantit, à elle seule, un retrait immédiat.

Protéger les clients des acomptes frauduleux

La réponse à une usurpation d’identité entreprise comporte une communication claire sur vos canaux officiels. Indiquez votre véritable domaine et le moyen de vérifier une demande de paiement. Un avertissement visible sur votre site peut aider les prospects qui viennent contrôler l’authenticité d’un devis. Évitez les liens cliquables vers le site frauduleux dans cette alerte.

Lorsqu’un client a payé, invitez-le à contacter immédiatement sa banque et à conserver ses échanges pour déposer plainte. Une tentative de rappel de virement peut être examinée, sans garantie de récupération. L’entreprise imitée ne devient pas automatiquement débitrice des sommes détournées : sa responsabilité éventuelle dépend des circonstances et doit être analysée séparément.

Déposer plainte et choisir les recours adaptés

Lorsque les manœuvres conduisent à une remise de fonds, l’escroquerie peut être caractérisée. L’article 313-1 du Code pénal prévoit une peine de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende, hors aggravations. La reproduction d’une marque peut également relever de la contrefaçon si les conditions légales sont réunies.

Déposez plainte au nom de la société, éventuellement contre X, sans attendre de connaître les auteurs. Si le maintien du site appelle une intervention judiciaire, un référé peut permettre de solliciter des mesures provisoires pour faire cesser un trouble manifestement illicite. Le tribunal compétent et les personnes à viser dépendent du dossier.

Une usurpation d’identité entreprise utilisant un domaine litigieux peut aussi justifier une procédure spécifique. Pour les extensions gérées par l’Afnic, SYRELI et PARL EXPERT permettent, sous conditions, de demander sa transmission ou sa suppression. Pour certains domaines, notamment en .com, une procédure UDRP fondée sur des droits de marque peut être envisagée. Ces recours ne remplacent pas une demande d’indemnisation.

Vérifier les données et prévenir les récidives

La copie de contenus publics n’implique pas automatiquement une violation de données dans vos propres traitements. Si l’enquête révèle aussi un accès illicite à votre fichier clients, analysez les obligations du RGPD. Une violation présentant un risque pour les droits et libertés doit être notifiée à la CNIL dans les meilleurs délais et, si possible, sous 72 heures après en avoir pris connaissance. En cas de risque élevé, l’information des personnes concernées doit également être examinée.

Après une usurpation d’identité entreprise, organisez une surveillance adaptée de vos signes distinctifs et des domaines ressemblants. Sensibilisez vos équipes aux signalements de prospects : une réclamation inhabituelle peut révéler une nouvelle imitation. La prévention complète les démarches de retrait et facilite une réaction plus rapide.

Organiser votre réponse avec Solvoxia

Pour traiter une usurpation d’identité entreprise, préservez les preuves tout en engageant les démarches de retrait et la protection des clients. L’analyse juridique permet ensuite de choisir les recours et de documenter les préjudices, sans confondre fermeture du site et récupération des sommes détournées.

Solvoxia accompagne les entreprises en droit du numérique et en propriété intellectuelle. Vous avez découvert un faux site internet au nom de votre entreprise ? Contactez notre cabinet avec l’adresse du site et les premiers justificatifs pour examiner les mesures adaptées à votre situation.

Questions fréquentes

Que faire si un faux site internet utilise le nom de mon entreprise ?

Conservez les pages et les messages qui établissent la fraude. Demandez le retrait auprès de l’hébergeur et signalez le domaine au bureau d’enregistrement. Prévenez vos clients et déposez plainte, éventuellement contre X. Un avocat de notre cabinet peut vous aider à coordonner ces démarches.

Peut-on faire fermer rapidement un site qui usurpe une entreprise ?

Un signalement documenté peut conduire à une suspension, mais aucun délai universel n’est garanti. Si le contenu reste accessible, des mesures judiciaires provisoires peuvent être envisagées selon les faits. Le retrait du site, le blocage du domaine et le déréférencement sont des démarches distinctes.