Responsabilité prestation IA : sécuriser vos projets

responsabilité prestation IA

La responsabilité liée aux prestations d’intelligence artificielle devient un sujet central pour les entreprises qui achètent, développent ou intègrent des solutions d’IA. Un chatbot qui donne une réponse erronée, un outil RH qui classe mal des candidatures, un modèle génératif qui réutilise des données sensibles ou un système d’aide à la décision qui produit un résultat biaisé peuvent créer un risque commercial, contractuel, réglementaire et réputationnel. Pour une entreprise, la vraie question n’est donc plus seulement de savoir si l’IA est performante, mais qui répond de ses erreurs, dans quelles limites et avec quelles preuves.

Chez Solvoxia, nous observons que les projets IA les plus solides sont ceux qui associent dès le départ la technique, le droit et la gouvernance. Le règlement européen sur l’intelligence artificielle, ou AI Act, établit une approche par les risques pour les fournisseurs et les déployeurs de systèmes d’IA. La Commission européenne rappelle que ces règles visent les usages spécifiques de l’IA selon leur niveau de risque, tandis que les obligations peuvent varier selon le rôle occupé dans la chaîne de valeur : concepteur, intégrateur, éditeur, prestataire, distributeur ou entreprise utilisatrice.

Responsabilité prestation IA : qui répond en cas d’erreur ?

La responsabilité prestation IA dépend d’abord du contrat. Dans une mission de développement, d’intégration ou de conseil, le prestataire peut être tenu par une obligation de moyens renforcée ou, dans certains cas, par une obligation de résultat clairement définie. Tout dépend de la promesse formulée, des livrables, du niveau de personnalisation, des tests prévus, des exclusions et des conditions d’utilisation. Une clause vague du type « solution intelligente clé en main » crée plus d’incertitude qu’elle ne protège les parties.

Un exemple concret permet de mesurer l’enjeu. Une entreprise confie à un prestataire la création d’un outil d’analyse automatique de réclamations clients. Si le modèle classe 20 % des dossiers urgents comme non prioritaires, la perte peut être mesurée en retards de traitement, indemnités, perte de clients et atteinte à l’image. Le débat portera alors sur la qualité des données fournies, les tests réalisés, les seuils acceptés, l’information donnée aux utilisateurs et la capacité du client à reprendre la main. La responsabilité prestation IA se joue donc bien avant l’incident, au moment de cadrer les engagements.

Le régime européen renforce cette nécessité de traçabilité. L’article 26 de l’AI Act prévoit notamment, pour les déployeurs de systèmes d’IA à haut risque, des obligations d’utilisation conforme aux instructions, de surveillance humaine, de pertinence des données d’entrée et de suivi du fonctionnement. Ces exigences imposent de documenter les rôles, les décisions et les alertes, car une entreprise qui utilise mal un système peut également engager sa propre responsabilité.

Contrats IA : les clauses qui réduisent le risque

Un contrat de prestation IA efficace doit traduire la réalité technique en obligations juridiquement vérifiables. Il doit préciser l’objectif du système, les jeux de données utilisés, les critères de performance, les limites connues, les phases de test, les conditions de recette, les modalités de maintenance, la propriété des développements, la confidentialité, la cybersécurité et le traitement des données personnelles. Sans ces éléments, la responsabilité prestation IA risque d’être discutée après coup, dans un contexte conflictuel et coûteux.

Il est également essentiel d’encadrer les sorties produites par l’IA. Un prestataire sérieux ne devrait pas garantir l’absence totale d’erreur d’un modèle probabiliste, mais il peut garantir une méthode : audit initial, paramétrage documenté, évaluation des performances, journalisation, procédures d’escalade et accompagnement des utilisateurs. Cette approche rejoint les recommandations de la CNIL, qui insiste sur l’identification du régime juridique applicable, la responsabilité, l’information des personnes, la sécurité et la conformité RGPD lors du développement de systèmes d’IA.

Au milieu du projet, une référence officielle doit guider les arbitrages. Le cadre européen est présenté par la Commission sur sa page consacrée au règlement IA : cadre réglementaire européen sur l’intelligence artificielle. Cette source aide les entreprises à comprendre la logique de classification des risques et à anticiper les obligations applicables.

La directive européenne 2024/2853 relative à la responsabilité du fait des produits défectueux ajoute un autre niveau d’attention. Publiée au Journal officiel de l’Union européenne en novembre 2024, elle modernise le régime applicable aux produits complexes, y compris ceux intégrant des logiciels ou de l’IA, avec une transposition attendue par les États membres. Même lorsqu’une prestation est d’abord contractuelle, l’entreprise doit donc examiner si la solution fournie peut aussi relever d’une logique de produit numérique défectueux.

Données, biais et preuves : le triptyque décisif

Dans la pratique, la responsabilité naît souvent d’un défaut de preuve. Qui a choisi les données d’entraînement ? Qui a validé les paramètres ? Qui a autorisé la mise en production ? Qui a contrôlé les résultats ? Qui a informé les utilisateurs des limites du système ? Sans documentation, chaque partie peut soutenir que l’autre a mal exécuté sa mission. Avec une documentation robuste, le débat devient plus objectif.

Les données personnelles constituent un point de vigilance majeur. La CNIL a publié en 2025 des recommandations sur le développement des systèmes d’IA et l’application du RGPD, en évoquant notamment les conditions d’information des personnes, l’exercice des droits, la sécurité, l’annotation des données et les modèles entraînés à partir de bases contenant des informations personnelles. Pour une entreprise, cela signifie qu’un projet IA ne doit pas être piloté uniquement par la performance : la licéité des données, la minimisation, la durée de conservation et la sécurité doivent être vérifiées dès la phase de cadrage.

Les biais algorithmiques doivent aussi être traités comme un risque juridique. Dans le recrutement, le crédit, l’assurance, la santé, l’éducation ou la relation client, une décision automatisée ou semi-automatisée peut produire des effets significatifs. Une mauvaise conception peut entraîner une discrimination, une rupture d’égalité ou une décision contestable. La responsabilité liée aux prestations d’IA implique donc de prévoir des tests sur des cas réels, une supervision humaine, des seuils d’alerte et des mécanismes de correction.

Comment sécuriser une prestation IA avant signature ?

La meilleure protection consiste à réaliser un cadrage juridique avant de signer. Il faut qualifier le rôle de chaque acteur, déterminer si le système est à haut risque, vérifier si le RGPD s’applique, définir la propriété des données et des livrables, encadrer les usages interdits, prévoir une recette mesurable et organiser les preuves. Cette démarche permet de transformer un risque juridique potentiel en un véritable outil de pilotage des projets d’intelligence artificielle.

Un audit contractuel peut révéler des zones grises fréquentes. Par exemple, un prestataire peut utiliser une API tierce sans préciser les conditions de sous-traitance, les lieux d’hébergement ou les garanties de confidentialité. Un client peut fournir des données incomplètes, non représentatives ou non licites. Une équipe métier peut déployer l’outil au-delà du périmètre prévu. Chacune de ces situations modifie l’équilibre de responsabilité et doit être anticipée.

Pour les dirigeants, l’enjeu est aussi stratégique. Selon les textes européens, les sanctions liées à certaines violations du règlement IA peuvent être significatives, avec des plafonds exprimés en pourcentage du chiffre d’affaires mondial annuel. Au-delà de la sanction, un litige IA peut bloquer une innovation, fragiliser une relation commerciale et exposer l’entreprise à une crise de confiance. La responsabilité prestation IA doit donc être traitée comme un sujet de conformité, mais aussi comme un levier de qualité et de différenciation.

Mettre en place une gouvernance IA efficace

La responsabilité prestation IA repose sur une idée simple : une solution d’intelligence artificielle ne doit jamais être vendue, achetée ou déployée comme une boîte noire incontrôlable. Le contrat doit définir les obligations, les limites, les données, les tests, la supervision humaine et les preuves attendues. L’AI Act impose une logique de gestion des risques, le RGPD encadre les données personnelles et la nouvelle directive sur les produits défectueux renforce l’attention portée aux logiciels et systèmes intelligents.

Avant de lancer un projet, Solvoxia recommande d’auditer vos contrats, vos données et votre gouvernance IA. Vous sécurisez ainsi vos investissements, réduisez le risque de litige et démontrez à vos clients, partenaires et autorités que votre innovation repose sur une méthode fiable. Pour sécuriser votre prochain projet, faites analyser vos documents contractuels et vos usages IA par un avocat habitué aux enjeux numériques.

FAQ

Qu’est-ce que la responsabilité prestation IA ?

La responsabilité prestation IA désigne les obligations juridiques d’un prestataire ou d’un client lorsqu’une solution d’intelligence artificielle cause une erreur, un dommage ou une non-conformité. Elle dépend du contrat, du rôle de chaque acteur, des données utilisées et des règles applicables, notamment l’AI Act et le RGPD.

Comment limiter la responsabilité liée aux prestations d’intelligence artificielle dans un contrat ?

Il faut définir précisément le périmètre de la mission, les performances attendues, les limites du modèle, les tests, la recette, la maintenance, la confidentialité et les responsabilités de chaque partie. Les clauses doivent être concrètes, vérifiables et adaptées au fonctionnement réel de l’outil IA.

Le client peut-il être responsable d’une IA fournie par un prestataire ?

Oui, le client peut engager sa responsabilité s’il utilise le système hors périmètre, fournit des données inadaptées, ignore les alertes ou ne met pas en place la supervision humaine nécessaire. La responsabilité  est souvent partagée entre fournisseur, intégrateur et utilisateur selon les faits.

Droit d’auteur : une police qui a du caractère !

Avocat droit d'auteur NantesDans une décision du 10 septembre 2025, le tribunal judiciaire de Nanterre a eu à se prononcer sur la protection par le droit d’auteur d’une police de caractères et sur les conséquences de son utilisation commerciale par des sociétés tierces.

 

Contexte : La reprise d’une typographie à des fins commerciales

 

Un dessinateur, graphiste et créateur de police de caractères commercialisait en ligne plusieurs polices, dont l’une intitulée « Lethal Slime », au style horrifique.

Dans le cadre d’un partenariat commercial, des sociétés espagnoles spécialisées dans la vente de produits capillaires avaient déposé une marque de l’Union européenne semi-figurative « My Monster Slime » et utilisé ce logo à des fins promotionnelles.

Or, constatant la reprise dans cette marque de sa police « Lethal Slime », sans son autorisation, son créateur avait mis en demeure les sociétés concernées de cesser cet usage et de l’indemniser du préjudice subi, puis les avait assignées devant le tribunal judiciaire de Nanterre, en contrefaçon de ses droits d’auteur.

 

Solution : La reprise d’une police de caractères originale sanctionnée par la contrefaçon  

 

L’originalité d’une police de caractères reconnue

 

Le tribunal se penche d’abord sur la question de l’éligibilité de la police de caractères à la protection par le droit d’auteur, ce qui suppose la démonstration de son originalité. Il rappelle tout d’abord que les œuvres graphiques et typographiques peuvent constituer des œuvres de l’esprit protégées, dès lors qu’elles traduisent des choix libres et créatifs de leur auteur.

Contrairement à ce que soutenaient les défenderesses, à savoir que la conception d’une police de caractères ne suppose pas un effort créatif particulier, qu’elle pouvait être créée à partir de logiciels accessibles sans requérir de technique particulière, qu’elle s’inspire de typographies déjà présentes en ligne, le tribunal rejoint la démonstration de l’originalité opérée par le demandeur, à savoir que le parti-pris esthétique réside dans la combinaison de diverses particularités graphiques (style horrifique, aspect visqueux des lettres, délimitation tortueuse et irrégulière, certaine épaisseur, délimitation noire et un intérieur blanc, etc.).

Ces choix créatifs étaient en outre corroborés par la production d’une planche manuscrite de dessins, démontrant un véritable travail préparatoire.

Le tribunal conclut ainsi à l’originalité de la police de caractères.

 

Des actes de contrefaçon caractérisés

 

Dans un second temps le tribunal examine la caractérisation des actes de contrefaçon.

Il était reproché aux défenderesses l’usage à des fins commerciales de la police de caractère, notamment dans le logo apposé sur leur gamme de shampoings, sous forme de dépôt de marque, sur leurs pages Facebook et Youtube destinées à la promotion desdits produits, sur les visuels d’un jeu édité par elles.

Le dessinateur démontrait par ailleurs que le site de téléchargement précisait explicitement : « Cette police est gratuite pour un usage personnel. Pour toute utilisation commerciale, contactez-moi ».

Le tribunal retient finalement que les défenderesses ont reproduit la police de caractères litigieuse dans l’exercice de leur activité commerciale sans autorisation, acte constitutif de contrefaçon. Il constate également l’atteinte au droit moral de l’auteur puisque l’usage a été réalisé sans mention de sa paternité.

 

En conséquence, bien que le chiffre d’affaires généré au titre de la vente des produits ne puisse être établi, les juges retiennent que cet usage a permis aux défenderesses de faire l’économie d’investissements matériels et créatifs et a nécessairement engendré un manque à gagner financier pour l’auteur. Ils les condamnent donc à 6.000 euros au titre de l’atteinte portée aux droits patrimoniaux de l’auteur et à 1.000 euros en réparation de l’atteinte à son droit moral.

 

Vous souhaitez creuser le sujet ? Vous pouvez prendre attache avec un avocat droit de la propriété intellectuelle du cabinet.

 

Comment déposer un dessin et modèle dans l’Union Européenne et à l’étranger ?

Avocat droit dessins et modèlesComme les autres droits de propriété industrielle, les dessins et modèles sont des droits territoriaux, ce qui signifie qu’ils offrent une protection dans les territoires où ils sont déposés, mais pas en dehors. Dès lors qu’une entreprise exerce son activité dans plusieurs Etats à la fois, va donc se poser la question de la stratégie à déployer pour permettre la protection la plus efficace de l’apparence de ses produits.

 

Nous vous proposons de voir ci-dessous les bons réflexes à adopter pour déterminer cette stratégie.

 

Mais tout d’abord : un dessin et modèle enregistré, qu’est-ce que c’est ?

 

Un dessin et modèle est un droit de propriété industrielle qui protège l’apparence d’un produit.

Un tel droit, dont l’enregistrement doit être demandé à un office de propriété intellectuelle (tel que l’Institut National de la Propriété Industrielle en France), permet d’empêcher des tiers de fabriquer, de vendre, d’importer ou d’exporter des produits ayant la même apparence sur le territoire couvert par le dessin et modèle.

La question de la territorialité du dessin et modèle est donc cruciale, car son titulaire ne sera protégé que dans les pays où il dispose de droits.

 

Dans quel délai faire un dépôt de dessin et modèle à l’étranger ?

 

Le dépôt au même moment (le même jour) de plusieurs dessins et modèles, dans plusieurs pays différents, pour une même apparence de produits est en principe compliqué.

En effet, pour être enregistré, un dessin et modèle doit être nouveau : au jour où il est déposé, aucun dessin et modèle identique ne doit avoir été divulgué, étant précisé que seront considérés comme identiques tous dessins et modèles qui ne différeraient que par des détails insignifiants.

Dès lors, lorsqu’un dessin ou modèle a été déposé dans un pays, il ne peut par définition plus être nouveau dans les autres : pour déposer à l’étranger, il faudrait donc pouvoir déposer au même moment dans tous les pays visés, ce qui est quasiment impossible en pratique.

Pour remédier à cette difficulté, il existe un mécanisme de délai de priorité qui permet, dans les six mois suivant le dépôt initial, de déposer le dessin et modèle sous priorité dans d’autres Etats, sans que l’on considère que le dessin et modèle n’est plus nouveau.

Autre bénéfice, les dessins et modèles déposés dans les autres Etats bénéficient de la date du dépôt initial, permettant ainsi d’éviter que les dépôts effectués dans le temps intercalaire vous soient opposés.

 

Comment déposer un dessin et modèle à l’étranger ?

 

La protection à l’étranger peut s’opérer par différents biais potentiellement cumulatifs :

  • Soit des dépôts nationaux directement dans les pays qui vous intéressent. Cette solution peut toutefois s’avérer relativement coûteuse lorsque de nombreux pays sont désignés.
  • Soit par des systèmes de dépôts régionaux, tels que le dessin ou modèle de l’Union Européenne (si ce n’est pas votre dépôt de base) qui permet d’avoir une protection unitaire dans l’ensemble des pays de l’Union Européenne (pour un coût bien plus avantageux que si le dépôt avait été fait dans chaque pays individuellement).
  • Soit via un dessin ou modèle international qui permet, par un tronc commun, de désigner plusieurs pays/territoires et faire ainsi des économies d’échelles significatives. À noter cependant que tous les pays ne sont pas membres de ce système et qu’il sera donc nécessaire, pour certains Etats, de passer par des dépôts nationaux.

Il est important, pour déterminer où déposer, de réfléchir à la fois aux pays dans lesquels l’exploitation est envisagée mais également de confronter l’ampleur de cette exploitation aux coûts d’un dépôt dans un pays concerné.

Chaque pays pratique en effet ses propres tarifs (même pour un dépôt international), avec des ordres de grandeurs très différents (de quelques centaines à plusieurs milliers d’euros).

 

Comment bien préparer un dépôt ?

 

Chaque office a ses propres pratiques et conditions pour l’enregistrement d’un dessin et modèle, il est donc parfois compliqué d’anticiper l’intégralité des points qui pourront être soulevés lors d’un dépôt.

Pour améliorer ses chances d’un dépôt qui se passe bien, à savoir un dépôt limitant au maximum les coûts et évitant autant que possible des irrégularités (qui peuvent dans certains cas être corrigées, mais nécessitent parfois d’engager des frais complémentaires), il faut néanmoins se poser les questions suivantes :

  • Est-ce que l’office concerné autorise le dépôt de plusieurs dessins et modèles en un ? Par exemple, en France, il est possible au sein d’un seul dépôt de déposer plusieurs dessins et modèles différents pour autant qu’ils portent sur une même catégorie de produits.
  • Combien de vues inclure : un dessin et modèle est composé de plusieurs « vues », à savoir des angles sous lesquels l’apparence est observée.

Les offices ont des règles différentes sur le nombre de vues qui peuvent être fournies et sur quelles vues doivent absolument être présentes. En règle générale, il est recommandé d’inclure a minima les vues suivantes : face, arrière, profil gauche, profil droit, dessus, dessous et une vue de trois-quarts (perspective).

  • Comment réaliser une vue : il faut également privilégier des vues du produit sur un fond neutre, sans éléments décoratifs, mise en scène ou arrière plan et sans annotations.

Il faut également veiller à conserver une certaine cohérence dans la présentation des vues et ne pas mélanger par exemple certaines en dessin et d’autres en photographies.

S’agissant de la couleur, il est aussi important de réfléchir à sa protection : si un produit a vocation à être déposé en plusieurs couleurs, il vaut mieux privilégier un dépôt en noir et blanc plutôt que plusieurs dépôts sur chaque couleur.

 

Et si je ne dépose pas de dessin et modèle, suis-je tout de même protégé ?

 

En l’absence de dessin et modèle déposé, que cela soit par stratégie ou en raison d’une impossibilité de procéder au dépôt (par exemple pour une apparence déjà divulguée), plusieurs autres droits de propriété intellectuelle peuvent néanmoins permettre potentiellement de bénéficier d’une protection sur l’apparence d’un produit.

De tels droits n’existent toutefois pas nécessairement dans tous les pays ou du moins pas toujours selon les mêmes conditions.

Tout d’abord, le droit d’auteur peut lui aussi s’appliquer à des créations intellectuelles telles que la forme d’un produit.

En France, ce droit s’applique dès lors que la création est originale, c’est-à-dire que l’on y retrouve la personnalité de son auteur et peut même s’appliquer cumulativement à un dessin et modèle enregistré.

Il faut néanmoins garder en tête que le droit d’auteur est un droit dont la logique même peut considérablement varier selon les pays concernés (la logique « copyright » est ainsi très différente de la logique du droit français) et qu’il ne sera donc pas nécessairement mobilisable partout.

Par ailleurs, l’Union Européenne prévoit un dispositif de protection des dessins et modèles non enregistrés.

Soumis aux mêmes conditions de validité qu’un dessin et modèle enregistré, les dessins et modèles communautaires non enregistrés bénéficient d’une protection sans dépôt mais à compter de leur première divulgation sur le territoire de l’Union Européenne et ce pendant 3 ans.

 

En résumé, déposer un dessin et modèle à l’étranger ne doit pas être fait à la légère mais nécessite une réflexion en amont, à la fois pour déterminer où déposer, pour optimiser les coûts de son dépôt et pour améliorer les chances que son dépôt soit accepté.

Nos avocats en dessins et modèles pourront bien sûr vous assister dans cette démarche.

 

 

Comment réagir à une réclamation Dassault Systèmes ou Autodesk ?

réclamation Dassault

Recevoir une réclamation Dassault ou Autodesk peut mettre votre entreprise dans une situation délicate, surtout si vous ne savez pas comment y répondre. Ces notifications concernent souvent l’utilisation suspectée de logiciels comme CATIA, SolidWorks ou AutoCAD sans licence valide. Savoir identifier le type de réclamation et réagir correctement est crucial pour éviter des sanctions, sécuriser vos opérations et préserver votre crédibilité. Dans cet article, nous vous expliquons pas à pas comment analyser, répondre et prévenir ce type de réclamation.

Identifier le type de réclamation

Une réclamation Dassault ou Autodesk survient souvent lorsqu’un utilisateur est suspecté d’utiliser une version piratée de logiciels comme CATIA, SolidWorks ou AutoCAD. Ces réclamations peuvent provenir d’un audit interne, d’une plainte tierce ou d’une vérification automatisée. Comprendre le type exact de réclamation est essentiel pour réagir correctement. Les entreprises doivent analyser les documents reçus, les licences en leur possession et l’historique des installations afin d’évaluer leur position et préparer une réponse légitime.

Réagir de manière appropriée

Lorsqu’une notification arrive, il est crucial de ne pas ignorer la situation. Commencez par vérifier l’authenticité de la réclamation et rassemblez toutes les preuves de licences et achats légitimes. Une réponse formelle, claire et documentée doit être envoyée rapidement au département juridique ou au service clients de Dassault Systèmes ou Autodesk. Inclure des preuves de licences valides et expliquer toute situation particulière est toujours plus efficace qu’un simple refus. Pour plus d’informations, il est conseillé de consulter les guides officiels sur Dassault Systèmes et Autodesk.

Sur le plan juridique, la jurisprudence française illustre la double réalité des litiges autour des licences logicielles. Une décision récente référencée par la Cour de cassation confirme que des litiges portant sur l’usage non autorisé de logiciels peuvent donner lieu à un examen détaillé du droit des éditeurs à agir pour contrefaçon ou violations de licence (voir la décision sur le site de la Cour de cassation : https://www.courdecassation.fr/decision/69c6d9e5cdc6046d473647c4 ) et des conditions dans lesquelles l’éditeur doit démontrer l’originalité des logiciels concernés, condition préalable à toute contrefaçon.

Prévenir les réclamations liées aux logiciels

Une réclamation peut également servir d’avertissement pour améliorer vos pratiques. Pour éviter les litiges futurs, il est recommandé d’acheter et de gérer vos licences légalement, de former vos équipes sur l’usage des logiciels et de mettre en place un suivi des installations. De nombreuses entreprises combinent audits internes réguliers et procédures de conformité pour réduire le risque de réclamations et sécuriser leurs opérations.

Face à une telle situation, la méthode à suivre est simple mais rigoureuse : identifier la nature de la réclamation, rassembler toutes les preuves de licences et d’achat, répondre rapidement de manière professionnelle, et mettre en place des mesures pour prévenir toute récidive. Cette approche garantit non seulement la résolution du problème, mais protège également votre crédibilité et votre activité.

Si vous êtes confronté à une réclamation, il est fortement recommandé de consulter un cabinet spécialisé comme Solvoxia pour sécuriser vos démarches. Une assistance juridique permet de transformer une situation potentiellement risquée en opportunité d’optimisation de votre gestion des licences et de vos logiciels.

 

FAQ

Qu’est-ce qu’une réclamation Dassault ou Autodesk ?
C’est une notification officielle concernant l’usage de logiciels sous licence, souvent liée à l’utilisation de versions non autorisées de CATIA, SolidWorks ou AutoCAD.

Comment réagir à une réclamation pour logiciel piraté ?
Vérifiez l’authenticité de la réclamation, rassemblez les preuves de licences et rédigez une réponse claire et documentée aux éditeurs concernés.

Comment prévenir les futures réclamations ?
Achetez toutes vos licences légalement, mettez en place un suivi des installations et formez vos équipes pour réduire les risques de litiges avec Dassault Systèmes ou Autodesk.

Concurrence déloyale : 55 raisons de ne pas copier son voisin

Avocat concurrence déloyale Nantes ParisLe Tribunal judiciaire de Marseille a, dans une décision du 12 juin 2025 (n°21/11195), tranché un conflit entre un club de plage de la Côte d’Azur et une boutique.

 

Contexte : un nom très proche pour des activités similaires

 

Le Club 55 est un bar-restaurant réputé de la Côte d’Azur, proche de Saint-Tropez, existant depuis près de 70 ans. Il dispose notamment d’une boutique d’articles de plage et a déposé plusieurs marques éponymes.

En 2017, une société a créé plusieurs magasins dans la même région, sous l’enseigne « L’Atelier 55 », spécialisés dans la vente d’objets divers et variés, de mobilier, de décoration, d’accessoires fantaisie ou encore de tableaux.

Elle a déposé, en 2020, une demande d’enregistrement de marque française « L’Atelier 55 ».

La société exploitant le Club 55 a formé opposition à l’encontre de cette demande d’enregistrement, estimant qu’elle portait atteinte à ses propres marques « CLUB 55 » et obtenu gain de cause auprès de l’INPI, qui a estimé que les signes étaient trop proches et pouvaient entraîner un risque de confusion dans l’esprit du consommateur.

En parallèle, elle a engagé une action en concurrence déloyale et en parasitisme contre l’Atelier 55, lui reprochant d’utiliser ce nom pour tirer partie de la notoriété du Club 55.

 

Solution : des actes de concurrence déloyale reconnus

 

1/ Une prise en compte de la notoriété du club de plage

 

Le Tribunal judiciaire rappelle dans un premier temps les règles applicables en matière de concurrence déloyale, à savoir que si tout commerçant peut par principe attirer à lui la clientèle de ses concurrents sans se le voir reprocher, y compris en vendant des produits similaires voire identiques, il ne peut en revanche pas le faire de manière déloyale.

Il appartient donc à celui qui invoque une concurrence déloyale de démontrer le caractère déloyal des méthodes développées par son concurrent et notamment le risque de confusion sciemment entretenu dans l’esprit du consommateur sur l’origine des produits ou services.

En l’espèce, eu égard à la proximité géographique entre les deux parties, le juge considère qu’il ne fait aucun doute que la clientèle du Club 55 pourrait se rendre dans les boutiques de l’Atelier 55 et inversement, les deux sites balnéaires limitrophes développant une activité commerciale destinée à une même clientèle aisée.

Or, la boutique de plage du Club 55 bénéficie selon le juge, de par son nom, de la très forte notoriété du club de plage auquel elle est rattachée.

 

2/ Une condamnation du fait du risque de confusion

 

Le juge considère que les boutiques du Club 55 et de l’Atelier 55 s’adressent à la même clientèle sur la même zone géographique et que de tels clients peuvent dès lors croire qu’il existe un lien entre les deux boutiques.

Il relève par ailleurs que l’élément le plus distinctif des signes en cause est le « 55 », repris à l’identique entre les deux noms, reprenant sur ce point le raisonnement précédemment tenu par l’INPI (le risque de confusion étant également une condition applicable en droit des marques).

Ce risque de confusion est, selon le juge, renforcé par le fait que le Club 55 est un signe très distinctif pour les activités en cause, exploité sans interruption depuis plusieurs décennies et particulièrement notoire sur la Côte d’Azur.

La société exploitant l’Atelier 55 est donc condamnée pour concurrence déloyale et parasitisme à un préjudice – au moins aussi salé que la mer qui l’entoure – de 100.000 euros.

 

En résumé, en matière de concurrence déloyale, la notoriété du nom d’un tiers concurrent peut être un facteur jouant dans l’appréciation du risque de confusion entre ce nom et le vôtre.

 

Vous souhaitez en savoir plus sur le sujet, un avocat en concurrence déloyale du cabinet SOLVOXIA AVOCATS se tient à votre disposition.